jeudi 11 septembre 2008

Histoire de métro

9H30, je claque la porte coté rue. J'aurais pu sortir coté terrasse et passer par le marché Jean Talon mais ce détour m'aurais fait perdre quelques précieuses secondes. Comment l'avez vous deviné ? Je suis en retard...
Le cours de Chimie Organique est en train de commencer quand je m'engouffre dans la station "De Castelnau", sur la plus petite des trois lignes de Montréal, la bleue, à dix minutes de ma destination.
Je passe ma carte magnétique en jetant un regard amusé sur un touriste accroupi qui cherche par ou a bien pu sortir son ticket ... Ici les tourniquets sont étrangement complexes.. Et ne rendent pas les tickets.. Je me suis également questionné assez longtemps devant la disparition impromptue de mon premier ticket de métro (Erwan, je sais, tu m'avais prévenu).
Mais mon métro arrive déjà, je cours dans l'immense escalator et saute dans le dernier wagon de la rame juste a temps. Ici ils n'ont pas inventé le principe du joyeux tuuuuuuut qui prévient qu'on risque d'avoir a retenir les portes et en cela d'enfreindre le règlement de la STM (Section VI, 11.a).
Me voila donc dans mon wagon avec une trentaine d'autres personnes.
A l'arrêt suivant arrive un petit anglophone (environ quatre pieds pour dix fois plus d'années.. donc très petit et très anglophone), qui s'assoit en face de moi.

La station d'après est encore a deux cents mètres et la rame vient d'interrompre son trajet en nous laissant un néon sur six pour nous regarder l'air mi inquiets, mi amusés ... "Jiiiisus" c'est le petit homme en face de moi qui n'est pas content. Il parle du fameux crucifié qui se protégeait du soleil avec une couronne d'épine. Il a l'air d'avoir chaud, et répète "Jiiiiisus" toutes les deux minutes.
C'est sur ma voisine, au bout de cinq "Jiiiiisus", que s'abat son courroux. Elle m'avait emprunté un journal pour s'éventer, mais ses mouvements sont une dépense inutile d'énergie, et donc d'oxygène ... Il l'insulte donc vertement et en anglais. Elle finit par changer de place pour se ventiler plus loin, ce qui a pour effet d'accélérer le débit de "Jiiiisus" de l'anglophone.
Cette allusion a la quantité d'oxygène contenu dans notre wagon laisse soudain un certain malaise. La plupart des gens continuent malgré tout à lire, mais vingt bonnes minutes se sont écoulées depuis l'arrêt du train, la demande unilatérale de la conductrice était d'attendre, nous attendons.
".... lait démaquillant, rouge a lèvre ... " le silence lourd du wagon laisse arriver a mes oreilles un murmure. Un discret représentant en cosmétique profite de l'occasion pour distribuer sa carte et montrer quelques uns de ses produits aux demoiselles du wagon. Son grand sérieux amuse un peu tout le monde. Il à un bon mot pour chacune, repère en quelques seconde le point sensible et finit toujours par lui faire prendre sa carte de visite. Mais arrivé a ma hauteur, le petit anglophone ne retient plus sa voix, il cherche la prise de bec, mais laisse s'enfuir sa proie qui va se rasseoir un peu plus loin dans le wagon.
Il fallut encore patienter quinze minutes, sentir le silence et la chaleur monter, puis écouter les descriptions de l'état cardiaque de chaque personne âgée présente a bord avant de voir le wagon devant nous se vider d'un coup. Les issus de secours nous permirent de rejoindre la station Accadie d'où je fit la queue pour le bus 119 qui m'emmena à mon cour de Chimie Organique avec 1h30 de retard.

5 commentaires:

Yanis a dit…

excellent
Une vraie petite scène de film, y'a des fois où on regrette de ne pas avoir pris son caméscope !

O0xford Dictionary a dit…

bel écrit ....

O0xford Dictionary a dit…

Doux Jèsus ! .. et dire que ce même 11 septembre un feu se déclenchait dans le tunnel sous la manche, bloquant le père de l'auteur à Londres !!

Pata a dit…

Quelle idée de prendre les transports en commun le 11 septembre aussi :D

Anonyme a dit…

1h30 de retard ! Jiiisus !! Et on ose encore se plaindre du métro parisien.